Fixer ses tarifs freelance ne consiste pas à choisir un chiffre au hasard, ni à recopier le prix affiché par un autre indépendant. Un tarif viable doit couvrir votre revenu personnel, vos frais professionnels, vos cotisations et les périodes pendant lesquelles vous ne facturez pas. Il doit ensuite rester cohérent avec votre expertise, votre marché et la valeur de la mission.
Le repère le plus utilisé pour les prestations intellectuelles est le TJM, ou tarif journalier moyen. Il n’est toutefois pas adapté à tous les projets : lorsqu’un périmètre et des livrables sont précisément définis, un prix au forfait peut être plus lisible pour le client et plus pertinent pour le freelance.
À retenir : commencez par calculer votre plancher financier, puis confrontez-le au marché et à la valeur apportée. Le résultat est un outil de décision, pas un tarif officiel ni une garantie de revenu.
TJM, tarif horaire et forfait : de quoi parle-t-on ?
Le TJM est le montant facturé pour une journée de travail. Il est généralement exprimé hors taxes (HT), mais la présentation dépend du régime de TVA applicable. Un TJM de 500 € ne signifie donc pas que vous « gagnez 500 € par jour » : le chiffre d’affaires doit financer les cotisations, les dépenses, les réserves et les jours non facturés.
Le tarif horaire convient à une intervention courte ou à du conseil ponctuel. Il est moins lisible lorsque le client achète surtout une expertise ou un résultat.
Le forfait correspond à un prix global pour un périmètre défini : audit, site internet, identité visuelle ou accompagnement. Pour le construire, estimez la charge réelle, les échanges, les corrections, la gestion du projet et le risque, puis choisissez un prix qui rémunère l’ensemble de la prestation.
Enfin, distinguez toujours :
- le chiffre d’affaires (CA) : les sommes facturées ou encaissées selon les règles applicables à votre régime ;
- les cotisations et prélèvements : les montants dus à l’administration ;
- les frais professionnels : logiciels, matériel, assurance, déplacements, sous-traitance, etc. ;
- le revenu disponible : ce qui reste réellement pour vos dépenses personnelles après les sorties professionnelles et les prélèvements prévus.
La formule pour calculer un TJM minimum
Pour une simulation simple de micro-entreprise exerçant une activité libérale non réglementée, utilisez cette formule :
CA annuel nécessaire =
(revenu annuel visé + frais professionnels + réserve de sécurité)
÷ (1 – taux de cotisations sociales)
Puis :
TJM minimum = CA annuel nécessaire ÷ nombre de jours facturables
Cette formule donne un plancher de viabilité. Elle n’intègre pas automatiquement tous les impôts, ni toutes les particularités de votre activité. Le taux de cotisations doit être vérifié selon la catégorie déclarée, la nature de l’activité, une éventuelle Acre et l’option ou non pour le versement libératoire. Pour les règles applicables en vigueur au moment de la rédaction, la fiche de Service-Public Entreprendre vérifiée le 1er janvier 2026 indique 25,6 % du chiffre d’affaires pour les activités libérales non réglementées ; elle indique 27,8 % avec le versement libératoire de l’impôt. Ne généralisez pas ces taux aux prestations de services BIC, aux activités relevant de la Cipav ou aux autres régimes.
Le plus sûr est de vérifier votre catégorie et d’utiliser le simulateur officiel avant de valider votre grille tarifaire. Les seuils de micro-entreprise, les règles fiscales et les taux peuvent évoluer.
Avant de poser un chiffre, listez :
- Le revenu annuel visé. Précisez s’il est considéré avant ou après impôt.
- Les frais fixes et variables. Logiciels, téléphone, espace de travail, assurance, banque, déplacements, licences et sous-traitance.
- Les prélèvements. Cotisations sociales, impôt sur le revenu et autres contributions pertinentes.
- Une réserve. Elle absorbe périodes creuses, impayé, remplacement de matériel et dépenses inattendues.
- La TVA, si elle s’applique. Distinguez HT et TTC. La franchise en base obéit à des conditions et seuils à vérifier dans la fiche officielle à jour.
Compter ses jours réellement facturables
L’erreur la plus fréquente consiste à diviser un objectif annuel par 220 jours ouvrés, voire par 365 jours. Un freelance n’est pas facturé pendant toute sa présence professionnelle. Les appels commerciaux, la rédaction des devis, la facturation, la comptabilité, la formation, la veille, les congés et les indisponibilités occupent une partie de l’année.
Construisez votre estimation à partir de votre calendrier :
jours ouvrés
– congés et jours fériés
– maladie ou indisponibilités prévisibles
– formation et veille
– prospection, devis et rendez-vous commerciaux
– administration, comptabilité et facturation
– création de contenu et communication
– déplacements non facturés
– marge pour les périodes creuses
= jours facturables réalistes
Il n’existe pas de nombre réglementaire ou universel de jours facturables pour un freelance. Dans cet article, 150 jours est une hypothèse pédagogique, pas une norme. Un début d’activité avec beaucoup de prospection peut conduire à moins de jours vendus ; une activité récurrente et bien organisée peut en permettre davantage. Testez donc plusieurs scénarios plutôt que de retenir une seule estimation :
| Scénario de simulation | Jours facturables | Utilisation |
|---|---|---|
| Prudent | 120 à 130 | Démarrage, prospection importante ou activité irrégulière |
| Intermédiaire | Environ 150 | Activité stabilisée, avec du temps non facturé |
| Favorable | 170 à 180 | Carnet de commandes solide et peu d’interruptions |
Ces fourchettes sont des outils de simulation éditoriaux. Elles ne constituent pas des statistiques officielles et ne préjugent pas de votre situation.
Exemple de calcul du TJM, avec chiffres vérifiés
Prenons un exemple volontairement simple, centré sur une micro-entreprise libérale non réglementée. Les montants ci-dessous sont des hypothèses pédagogiques, pas une recommandation de revenu :
– revenu annuel visé après cotisations : 36 000 € ;
– frais professionnels annuels : 12 000 € ;
– réserve de sécurité : 4 000 € ;
– taux de cotisations sociales retenu pour la simulation : 25,6 % ;
– jours facturables : 150 ;
– impôt sur le revenu non inclus dans cet exemple.
Le CA nécessaire est :
(36 000 + 12 000 + 4 000) ÷ (1 – 0,256)
= 52 000 ÷ 0,744
= 69 892,47 € environ
Le TJM minimum correspondant est :
69 892,47 ÷ 150
= 465,95 €
Arrondi, cela donne 466 € HT par jour dans ce scénario. Les cotisations sociales estimées seraient :
69 892,47 × 25,6 %
= 17 892,47 € environ
La lecture correcte n’est pas « je gagne 466 € par jour ». Ce montant finance le revenu annuel visé, les frais de 12 000 €, la réserve de 4 000 € et les cotisations de la simulation. Il ne tient pas compte de l’impôt sur le revenu ni d’autres règles propres à votre situation.
Si le même objectif doit être atteint avec seulement 120 jours facturables, le calcul devient :
69 892,47 ÷ 120
= 582,44 €
Le TJM serait donc d’environ 582 € HT. Cette différence montre pourquoi le nombre de jours vendus est aussi déterminant que le revenu visé.
Confronter le plancher au marché et à la valeur
Le calcul financier indique ce qu’il vous faut au minimum pour tenir votre modèle. Il ne dit pas automatiquement ce qu’un client acceptera de payer. Comparez ensuite votre positionnement avec des missions réellement comparables :
- spécialité, expérience et niveau d’autonomie ;
- complexité technique ou organisationnelle ;
- risque porté et responsabilité sur le résultat ;
- délai et niveau d’urgence ;
- secteur, taille et contraintes du client ;
- livrables, réunions, accompagnement et nombre de retours ;
- rareté de la compétence et disponibilité demandée ;
- tarifs de professionnels comparables.
Cherchez plusieurs points de comparaison : offres publiques, échanges avec des pairs, missions passées et demandes de prospects. Un tarif isolé ne suffit pas pour définir un marché. Évitez deux pièges opposés : fixer votre prix uniquement sur le concurrent le moins cher, ou le fixer uniquement selon votre besoin personnel sans vérifier l’adéquation avec les clients visés.
Votre tarif peut varier selon le contexte : une intervention urgente, un projet mal cadré ou une forte disponibilité mobilisée justifient parfois un prix différent. L’important est de pouvoir expliquer ce qui est inclus et ce qui le fait varier.
Construire un prix au forfait sans se sous-facturer
Le forfait est pertinent si vous pouvez décrire clairement le résultat attendu. Commencez par décomposer la mission : cadrage, recherche, production, réunions, corrections, coordination, livraison et archivage. Estimez ensuite le temps de chaque étape, y compris les échanges souvent oubliés.
Une méthode simple consiste à calculer un forfait de base à partir de votre TJM cible :
prix de base = charge estimée en jours × TJM cible
Ajoutez, si nécessaire, les achats, déplacements, sous-traitances ou droits spécifiques. Évaluez aussi le risque : brief incomplet, dépendance à un tiers, délai très court ou nombre de parties prenantes élevé. Le risque ne doit pas servir à inventer un montant opaque : il doit conduire à mieux cadrer le périmètre, les hypothèses et les conditions de modification.
Dans le devis, indiquez notamment :
- les livrables précis et leur format ;
- le nombre de réunions et de séries de corrections incluses ;
- ce que le client doit fournir et à quelle date ;
- les éléments exclus du forfait ;
- le tarif applicable aux demandes supplémentaires ;
- les délais, jalons et conditions de validation ;
- les frais à la charge du client ;
- les conditions d’annulation ou de report ;
- la propriété et l’utilisation des livrables ;
- le prix HT, la TVA ou la mention correspondant à votre régime.
Une remise ne devrait pas simplement réduire votre marge. Si le budget baisse, réduisez plutôt le périmètre : moins de livrables, un délai différent, moins de réunions ou une phase reportée. Vous protégez ainsi la qualité et rendez l’arbitrage compréhensible.
Que doit contenir un devis freelance ?
Le devis doit permettre au client de comprendre ce qu’il achète et à quelles conditions. Prévoyez l’identité du prestataire et du client, la description de la mission, les livrables, le prix unitaire ou global, les délais, les frais, les modalités de paiement et la durée de validité de l’offre.
Le devis n’est pas obligatoire pour toutes les prestations de services. Certaines activités sont soumises à une obligation particulière : vérifiez la fiche officielle correspondant à votre activité. Même lorsqu’il n’est pas imposé, un devis détaillé accepté par écrit réduit les malentendus. Selon la mission, complétez-le avec des conditions générales de vente ou un contrat de prestation.
Avant de commencer, obtenez une validation écrite et conservez les versions du périmètre. Précisez également les échéances de paiement et les conséquences d’un retard, en vous appuyant sur les règles à jour applicables à votre situation.
Les erreurs qui faussent un tarif freelance
- Confondre CA et revenu disponible. Le montant facturé n’est pas votre salaire.
- Oublier les jours non facturés. Vente, gestion, formation et congés doivent entrer dans le calendrier.
- Appliquer un taux de cotisations générique. La catégorie d’activité et les options changent le calcul.
- Omettre l’impôt, la CFE, l’assurance ou les abonnements. Vérifiez les postes pertinents pour votre régime.
- Ne pas constituer de réserve. Une activité irrégulière exige une trésorerie qui ne soit pas immédiatement dépensée.
- Facturer uniquement la production. Réunions, corrections, messages et déplacements peuvent représenter plusieurs heures.
- Accepter un forfait flou. Sans livrables ni limites, le projet peut s’étendre sans révision du prix.
- Accorder une remise sans réduire le périmètre. Le temps de travail, lui, ne baisse pas forcément.
- Mélanger HT et TTC. Présentez clairement le régime de TVA et le montant attendu.
- Ne jamais réviser son tarif. Une expertise accrue, des coûts en hausse ou un positionnement différent peuvent justifier une nouvelle grille.
- Utiliser un ancien seuil ou taux administratif. Datez vos vérifications.
- Présenter un TJM indicatif comme une règle officielle. Il s’agit d’un calcul personnel et contextualisé.
FAQ sur les tarifs freelance
Quel tarif freelance demander quand on débute ?
Il n’existe pas de tarif universel lié au statut de débutant. Calculez d’abord votre plancher avec des hypothèses réalistes, puis comparez des missions de périmètre similaire. Vous pouvez proposer une mission plus étroite ou un forfait de découverte plutôt que de baisser durablement votre tarif sans limite.
Faut-il annoncer un TJM ou un prix au forfait ?
Annoncez un TJM si la durée et les tâches peuvent évoluer. Préférez un forfait si les livrables, les étapes et les limites sont suffisamment définis. Vous pouvez calculer le forfait en interne à partir d’un TJM, sans nécessairement présenter ce détail au client.
Combien de jours un freelance peut-il facturer par an ?
Aucun nombre ne convient à tout le monde et il n’existe pas de norme réglementaire. Retirez du calendrier les congés, la prospection, l’administratif, la formation, les déplacements non facturés et les périodes creuses. Testez plusieurs hypothèses ; 150 jours est seulement un exemple de simulation.
Le TJM inclut-il les charges ?
Le TJM est un prix de vente. Il doit être suffisamment élevé pour que le chiffre d’affaires couvre vos cotisations, vos frais, vos réserves et votre revenu visé. Il ne faut pas présenter ce prix comme un revenu net quotidien.
Comment réagir si un prospect trouve le tarif trop élevé ?
Demandez quel élément du périmètre pose problème. Vous pouvez proposer une version plus courte, retirer un livrable ou modifier le calendrier. Évitez de promettre la même prestation pour moins cher sans expliquer ce qui change.
Quand augmenter ses tarifs ?
Réévaluez votre grille lorsque vos compétences, votre spécialisation, vos responsabilités, vos coûts ou la demande évoluent. Analysez vos missions récentes, votre taux de transformation et le temps réellement passé. Une révision doit rester cohérente avec le service proposé et être annoncée clairement.
Conclusion : un tarif se pilote, il ne se devine pas
Pour fixer vos tarifs freelance, partez de vos besoins réels : revenu visé, frais, prélèvements, réserve et jours facturables. Calculez un TJM minimum, testez plusieurs scénarios, puis confrontez ce plancher à votre marché et à la valeur de vos livrables. Enfin, formalisez chaque mission dans un devis qui délimite le périmètre, les retours et les demandes supplémentaires.
Revoyez régulièrement vos hypothèses. Les taux, seuils fiscaux et règles de TVA évoluent ; les détails de votre activité aussi. Un bon tarif n’est ni le moins cher ni le plus élevé par principe : c’est un prix explicable, soutenable pour votre activité et lisible pour votre client.
Sources officielles
- Service-Public Entreprendre — Cotisations sociales d’un micro-entrepreneur, vérifié le 1er janvier 2026. À consulter pour le taux correspondant à la catégorie d’activité et aux options choisies.
- Service-Public Entreprendre — Obligations comptables du micro-entrepreneur, vérifié le 1er janvier 2026.
- Service-Public Entreprendre — Devis obligatoire : activités concernées, vérifié le 9 septembre 2022 ; contrôler la fiche à jour avant publication.
- Service-Public Entreprendre — Franchise en base de TVA, vérifié le 1er janvier 2026. Les seuils et règles doivent être revérifiés au moment de la publication.
Mentions de prudence éditoriale
Les taux, seuils, options fiscales, règles de TVA, obligations de facturation et dispositifs d’aide peuvent changer. Les chiffres de l’exemple et les jours facturables sont des hypothèses pédagogiques, non des données officielles ni des promesses de revenu. L’impôt, la CFE, les assurances et les règles propres aux autres statuts ne sont pas calculés ici. Vérifiez votre situation auprès des organismes officiels ou d’un professionnel compétent avant de fixer votre grille.
